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 L'appartement 707

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Nevroze
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Sujet: L'appartement 707   
posté le : Dim 11 Mar - 22:01
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Le No Man's Land

L'appartement 707


Cet ancien immeuble date des années Victorienne. Autrefois séduisant, il laisse maintenant tous les passants indifférents ou effrayés selon qui ils sont. L'appartement est vide, et pas qu'un peu ; les murs s'effritent, les planchers grincent Les portes sont condamnées par des planches ; les fenêtres sont brisées. La poussière jonche le sol en un tapis grisâtre et maladif. Quelques traces de pas sont dessinées dans la suie de saleté ; des pas qui rentrent à l'intérieur, mais qui n'en sortent pas.

Il parait qu'un petit curieux, un jour ; un jeune enfant ; avait eu l'idée saugrenue, et bien inintelligente, de pénétrer la porte de l'appartement n°7, alors que ses petits voyou de petits copains l'attendaient bien sagement, un étouffement de rire à chaque lèvre ; des billes plein les poches, et un lance-pierre dans la main de celui qui semblait être le plus grand. Il était entré non par plaisir, mais parce qu'il avait perdu un paris. C'était souvent comme ça chez les enfants de la ville : les plus faibles perdaient toujours face aux plus grands, et ils leur arrivait souvent de devoir faire choses inacceptables, ou qu'ils regrettaient amèrement par la suite. Cette fois-ci, le brave petit n'aura pas eu le temps de regretter bien longtemps sa bêtise.
Alors qu'il passait la porte, les pas pas encore imprimés furent dessinés sous chacun de ses pieds. Des petits pas qui devaient à peine dépasser le 36. Il longeait les murs. Surement avait-il peur ; la frousse de sa vie. Il hésitait en fait, et chacun de ses pas était retenu par une forte appréhension, seulement, chacun de ses pas était poussé par les rires de ses idiots de camarades, en bas, devant la porte d'entrée, qui s'extasiaient à chaque fois qu'ils le pouvaient de voir à quelque point le petiot transpirait sous sa chemise. De peur et de froid.

Ses petits voyou de petits copains l'attendaient bien sagement.


Car c'était un froid glacial, ici. Depuis des siècles. Et jamais personne ne s'était attelé à rentrer ici, car des rumeurs étranges, une légende, même circulait, au sujet de cet appartement, et pis, de l'ancienne propriétaire. On disait que l'ancienne propriétaire était une vieille femme sans héritier, qui passait ses jours seule entre ses murs riches mais sans joie. Dorés, mais aussi froid qu'un barreau de prison. Qu'une fenêtre sous la neige. Pas d'héritier, et aucun testament n'attestant que la maison serait la prochaine propriété d'un quelconque parent ; y en avait-il seulement ? C'est ce qu'il sembla, car un jour d'hiver de 1851 ; un cri déchira le ciel, alors si gris qu'on aurait cru qu'il pleurerait. Un cri de vieille femme ayant plus qu'un seul espoir : celui qu'on vienne la sauver. Mais personne, ici, ni même dans l'immeuble, n'osa lever le nez de son journal, ou de son café. Personne ne vient aider cette pauvre femme, que l'on retrouva, le lendemain, égorgée dans son lit, comme une sale truie qu'on aurait saignée avant de la cuisiner.
L'enquête n'aboutit pas, mais convoitise il y avait, c'était certain. Et vengeance il y aurait car on dit que quand les morts meurent dans des souffrances trop atroces, leur désespoir se transforme en haine, et de cette haine naît un sentiment aussi puissant que mauvais, qu'il fait revenir les morts, sous un aspect trop diabolique pour être cité ici. La porte fut condamnée, les fenêtres brisées portées inaccessibles par de grosses planches, et au fil du temps, on commença à oublier l'histoire de cette vieille dame, bien que la frayeur était toujours actuelle quand on passait devant.

Quand les morts meurent dans une souffrance trop atroce, leur désespoir se transforme en haine.


Souvent, la nuit, on entendait crier, dans l'immeuble, et bien rapidement, les lieux furent quittés, vidés ; tandis que les disparitions et meurtres commençaient à plomber les lieux, tâchant les sols et les murs d'un sang trop noir pour être purifié. L'indifférence dont ils avaient fait preuve avait été jugée et condamnée dans ces lieux. Dans cet appartement vide. Vide ?


Les lieux furent jugés hantés, et marqué d'un tampon rouge dans tous les esprits des habitants. Les années passèrent, les décennie enfin, jusqu'à ce fameux jour d'école où les cinq polichinelles avaient décidé de faire le pont pour aller s'évertuer à entretenir leur bêtise autrement que par les leçons. Ce paris, si seulement, il avait pu le gagner, il ne serait pas là, malheureusement, c'était la loi des plus faibles, et personne ne pouvait transgresser la règle, pas même lui.

La porte fut dépassée, et il était déjà trop tard pour lui ; car sa décision était déjà prise : il passerait la porte de l'appartement, et irait voir à l'intérieur.
Bientôt, il finit de grimper l'escalier qui montait tout en haut, tandis que ses acolytes le suivaient de loin. Des escaliers en colimaçons qui grimpaient jusqu'au septième étages, il les grimpa très lentement. Arrivé au troisième étage, il était déjà à bout de souffle, et ses amis ne prirent pas la peine de grimper plus haut ; ils se contentèrent de regarder cette main qui apparaissait de temps en temps dépassant de la rampe. Petit à petit, de plus en plus haut, de plus en plus petite, et une fois qu'il fut arrivé tout en haut ; il marqua une pause. Une simple pause durant laquelle il aurait pu décider de faire demi-tour ; mais malheureusement, la peur d'avoir la honte, de redescendre en ayant fait pipi dans son pantalon, et de montrer à tous comme il était lâche, cette peur était bien plus grande que celle qu'il éprouvait à l'encontre de cet endroit, et donc il prit en main son marteau, son attirail et tout ce qui allait l'aider à détacher ces planches qui lui bloquaient l'accès. En bas, on ne rigolait plus, trop idiots pour le rappeler, et trop peureux pour ne pas retenir son souffle. La planche fut enlevée ; la porte était maintenant accessible.

Une simple pause durant laquelle il aurait pu décider de faire demi-tour.


L'écolier porta sa main à la poignet, et la tourna. Doucement. La porte n'était pas verrouillée. Il l'aurait tant aimé pourtant. Pouvoir dire que la porte était fermée, et qu'il ne pouvait donc pas l'ouvrir, malgré la planche arrachée de son mur ; rentrer à la maison, se blottit dans son canapé, regarder un dessin animé pendant que sa maman lui ferait un chocolat chaud. Mais la porte était ouverte, et il fit son premier pas dans l'appartement.
Son premier pas.

Les lieux étaient vides, et les fenêtres condamnées par des planches ne laissaient pas entrer la lumière. Juste un fin rayon trop faible pour pouvoir discerner quoi que ce soit dans cet espace qui sentait le moisit, la pourriture, et le caca de rat.

L'entrée donnait directement sur une salle à manger. Ou du moins ce qu'il en restait. Une table en ancien bois massif, maintenant défoncée, ne tenait plus que par un pied, et son contenu avait été déversé et brisé sur le sol où trainait avant une moquette rouge, maintenant entièrement mangée par les mites. Une chaise trainait dans un coin, il fallait plisser des yeux à s'en cacher la vue pour la discerner. Il la devinait juste. Il avança doucement, une larme tombant sur sa joue, le fond de son pantalon humide de peur.

Il entendait ses pas dans la poussière, et ce bruit l'effrayait et le faisait pleurer un peu plus fort à chaque fois qu'il avançait de douze centimètres.

Un cri strident retentit, au plein milieu de la pièce, ou alors, venait-ce de la chambre d'en face, quelque part dans le noir, là où il ne pouvait voir ? A moins que ce n'était directement dans son crâne ? Il ne saurait le dire, mais alors qu'il plaçait ses mains sur ses deux oreilles, et serra les dents bien forts afin de ne pas crier, un visage exagérément vide, zombifié, apparut brusquement juste devant lui.
La peau sèche, il le savait, s'il la touchait du bout des doigts, il sentait la peau rugueuse plier sous ses doigts, et en même temps lui gratter l'épiderme ; des yeux aussi vides que profonds, un orbite cinglant dans lequel deux globes jaunâtres le fixaient sans ciller ; une bouche trop grande pour être agréable, disparue sous deux grandes lèvres ridées de plies et de bave. Une main aux doigts trop fins tressés de rides, grisâtres, ternes. Mortes. Elle s'approcha de lui alors que les doigts se dépliaient et se pliaient simultanément, comme une invitation à s'approcher.

Il entendait ses pas dans la poussière.


Il fit un pas en arrière. Un pas qui sonna lourd dans tout son crâne, comme le dernier bruit qu'il ferait. Sa propre voix, son propre cri fut noyé dans celui de la vieille dame qui l'engloba de toute sa grande taille, et c'est dans une douleur brève mais suffisante que sa nuque fut brisée, son visage tourné à cent-soixante degrés, et que son regard fixerait à jamais la porte ouverte de cet immeuble, tandis qu'en bas, les quatre autres chenapans avaient entendu le cri de leur camarade de classe, mais surtout celui de la vieille dame, et qu'ils partirent tous en courant, se prenant les pieds dans ceux des autres, se poussant, s'insultant, tandis qu'ils cherchaient à être les premiers à partir, à quitter cet endroit.

Le corps du jeune garçon fut retrouvé bien des semaines plus tard. Les quatre insolents jeunes hommes n'avaient pas osé parler, de peur qu'on ne les juge coupable de meurtres ; et bien qu'ils n'aient jamais été coupable de quoi que ce soit autre que leur profonde bêtise, leur absurdité mise à l'épreuve ; ils gardaient sur leur conscience, et garderait jusqu'à leur mort ; celle de leur camarade, tué non pas sous leur yeux, mais à cause d'eux, dans cet immeuble abandonné et marqué d'une croix de sang.
Jamais on ne mettait les pieds dans ce bâtiment, et jamais on ne les mettrait, car la tradition voulait que chaque famille inculque à la génération suivante les malheurs de cette histoire. De la légende s'ajouta ensuite une autre histoire, beaucoup plus propice à effrayer les enfants. Celle de la mort du petit écolier, qui était bien trop peureux pour dire non à ses copains, mais pas assez pour préserver sa vie. Une morale pourrait-elle jamais être tirée de cette histoire ? Surement pas. Du corps, il ne restait rien, mais des traces de pas de taille 36 pouvaient encore être décelées dans le noir environnant et la poussière tapissant du sol froid et craquant de l'étage n°7. Comme un petit poucet qui n'aurait jamais retrouvé le chemin inverse, celui-là était perdu à jamais dans la peur et l'insouciance d'une enfance trop courte.
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